Allocution d’ouverture de Mme Laurence Ndong à l’occasion de l’atelier de validation du nouveau Statut Général des Fonctionnaires.
Allocution d’ouverture de Mme Laurence NDONG, Ministre de la Fonction Publique et du Renforcement des Capacités, à l’occasion de l’atelier de validation du nouveau Statut Général des Fonctionnaires et du nouveau Statut de la Fonction Publique.
Libreville, le 22 juillet 2026
Mesdames et Messieurs les Secrétaires Généraux,
Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux et Directeurs Centraux,
Mesdames et Messieurs les points focaux et experts sectoriels,
Distingués invités, en vos rangs, grades et qualités,
Mesdames et Messieurs,
C'est avec un sentiment d'émotion, mais surtout avec la pleine conscience de la portée historique du moment que nous vivons, que je prends la parole devant vous, ce jour, pour procéder à l'ouverture officielle de cet atelier consacré à la validation des projets du nouveau Statut Général des Fonctionnaires et du nouveau Statut Général de la Fonction Publique.
Je voudrais, avant toute chose, saluer votre présence massive et votre engagement. Vous êtes venus nombreux, de tous les départements ministériels, de toutes les administrations, de toutes les composantes de notre Fonction Publique, et je veux, d'entrée, vous en remercier du fond du cœur. Cette salle, aujourd'hui pleine, dit à elle seule quelque chose d'essentiel : ces textes n'appartiennent à personne en particulier, mais ils appartiennent à toute l'Administration gabonaise, à chacune et à chacun de vous. Vous qui êtes ici êtes les sectoriels, les praticiens, les représentants de l'administration et des personnels, dont les contributions, les observations et les données ont, depuis plusieurs mois, nourri la réflexion préalable à ces textes. Je tiens, au nom du Gouvernement de la République, à vous exprimer notre profonde reconnaissance.
Permettez-moi, avant d'aller plus loin, de m'expliquer devant vous sur une décision qui a pu surprendre certains d'entre vous : le report de cet atelier, initialement prévu la semaine dernière, à ce jour. Je le dis avec la plus grande franchise, car vous le méritez. La semaine dernière, seules quelques administrations avaient pu être représentées dans cette salle. Or, Mesdames et Messieurs, les textes que nous nous apprêtons à examiner ne concernent que quelques administrations. Ils concernent l'ensemble de l'Administration gabonaise, sans exception, dans toutes ses composantes et tous ses secteurs. J'ai donc préféré, en toute responsabilité, reporter cette rencontre plutôt que de la tenir au rabais. Des textes qui engagent l'avenir de tous les agents publics de ce pays ne pouvaient pas être validés par quelques-uns seulement, aussi compétents et légitimes soient-ils. Ils devaient être portés à la connaissance de tous, ou tout au moins aux représentants de tous. C'est le prix, Mesdames et Messieurs, que nous devons consentir à payer pour la légitimité et la solidité de ces textes.
Mesdames et Messieurs,
Notre Fonction Publique n'est pas née d'hier. Elle porte en elle la mémoire de plusieurs générations de bâtisseurs de l'État. Il y a près de trente-cinq ans, la loi n° 8/91 du 26 septembre 1991 posait les fondations statutaires de notre administration. Puis, en 2005, notre pays a franchi une nouvelle étape avec la loi n° 1/2005 du 4 février 2005, qui a élargi notre conception de la Fonction Publique, distingué ses composantes et modernisé ses organes de gestion. Ce texte a, pendant deux décennies, constitué l'ossature de la gestion des ressources humaines de l'État.
Mais nous devons aussi, avec l'honnêteté que nous devons à l'Histoire, rappeler que cette loi de 2005 a fait l'objet, pendant vingt ans, d'une critique récurrente et légitime : celle de n'avoir pas été élaborée dans une collégialité pleine et entière. Beaucoup d'administrations, beaucoup de sectoriels, beaucoup de voix qui auraient dû être entendues ne l'ont pas été. Ce texte, aussi structurant fût-il, a ainsi souffert, dans l'esprit de nombreux agents publics, d'un déficit d'appropriation collective, comme s'il leur avait été imposé plutôt que construit avec eux. Cette erreur du passé, Mesdames et Messieurs, nous ne la répéterons pas. C'est précisément la raison pour laquelle j'ai tenu à reporter notre atelier plutôt que de le tenir en comité restreint : nous devons, cette fois, associer tout le monde, convoquer tout le monde, entendre tout le monde. C'est à ce prix, et à ce prix seulement, que les nouveaux statuts que nous allons examiner porteront la légitimité que leurs devanciers n'ont pas toujours eue, et qu'ils seront véritablement les textes de tous, pour tous.
L'Histoire, Mesdames et Messieurs, vient de nous offrir un rendez-vous plus grand encore. Le 19 décembre 2024, le peuple gabonais, par voie référendaire, s'est doté d'une nouvelle Constitution, celle de la Cinquième République. Ce texte fondamental n'est pas un simple exercice juridique : il porte, dans son Préambule même, la volonté de « refonder l'État », de « réhabiliter ses valeurs cardinales » et de « consolider la démocratie et la citoyenneté ». Il consacre expressément, en son article 36, le devoir pour l'État de veiller, au sein de l'Administration, « au respect des principes d'éthique, de déontologie, de performance, de transparence et de redevabilité, gage du développement harmonieux et durable du pays ». Il fait de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption, en son article 40, une obligation constitutionnelle. Il inscrit enfin, en son article 94, le statut général de la Fonction Publique au rang des matières que la loi doit organiser, y compris à l'aune des mutations technologiques et de l'intelligence artificielle.
Ce nouvel ordre constitutionnel n'est donc pas un décor : il est la boussole de notre réforme. Le Président de la République, Chef de l'État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, a fait de la modernisation de notre pays, et singulièrement de notre administration publique, une exigence de son action. On ne saurait bâtir la Cinquième République sur les fondations administratives de l'ancien monde. Une Constitution nouvelle appelle une Fonction Publique nouvelle, à son image : rigoureuse, méritocratique, transparente, tournée vers le résultat et le bien-être des citoyens.
Alors, pourquoi cette réforme, aujourd'hui ?
Parce que le monde a changé, et que notre administration doit changer avec lui. Les textes de 1991 et de 2005, aussi visionnaires aient-ils été en leur temps, ont montré, à l'épreuve de la pratique, leurs limites. Et je voudrais, devant vous, avoir le courage de nommer les choses avec la franchise que ce moment exige.
Sur le laisser-aller
Nous devons regarder en face une réalité qui mine la crédibilité de notre service public : le laisser-aller de certains agents. L'absentéisme chronique, le désengagement, l'indifférence au sort de l'usager, quand ils s'installent, ne sont pas de simples incidents de parcours ; ils sont une trahison du serment implicite que tout agent public prête à la Nation le jour de sa prise de service. Ces nouveaux statuts ne seront pas complaisants avec ce laisser-aller. Ils redonneront tout son sens à l'exigence de présence effective, d'assiduité et de résultat, car la Fonction Publique n'est pas un refuge, elle est un engagement.
Sur le recrutement
Nous devons également reconnaître que notre procédure de recrutement, telle qu'elle existe, est devenue trop lourde, trop lente, parfois trop opaque, laissant la place à des pratiques que la République ne saurait cautionner. Ces nouveaux statuts réaffirment, sans ambiguïté, le concours comme mode normal et privilégié d'accès à la Fonction Publique. Le concours, c'est l'égalité des chances offerte à chaque citoyen gabonais, quelle que soit son origine, sa région ou ses relations. C'est la garantie que l'on entre au service de l'État par le mérite et non par la faveur. Nous simplifierons les procédures, nous les numériserons, nous les rendrons plus rapides et plus lisibles, mais nous ne transigerons pas sur ce principe cardinal : le concours doit redevenir, dans les faits comme dans les textes, la porte d'entrée normale de la Fonction Publique gabonaise.
Sur la rémunération et l'avancement
Nous devons encore avoir le courage de dire qu'il ne peut plus y avoir de rémunération automatique adossée au seul numéro matricule, indépendamment du service effectivement rendu. L'État doit payer les hommes et les femmes qui travaillent, qui viennent chaque jour honorer leur poste, qui servent effectivement le public ; il ne peut plus indéfiniment payer, le 25 de chaque mois, celles et ceux qui restent chez eux sans exercer aucune activité réelle au service de la Nation. Ce principe, aussi simple qu'il paraisse, est un principe de justice : il n'est pas juste que l'agent assidu et l'agent absent perçoivent la même solde.
Dans le même esprit, ces nouveaux statuts mettent fin à la logique de l'avancement automatique, fondé sur la seule ancienneté, pour lui substituer un avancement au mérite, adossé à une évaluation réelle des performances, à l'atteinte d'objectifs et à la manière de servir. Nous voulons une Fonction Publique où celui qui travaille plus et mieux progresse plus vite que celui qui se contente d'attendre que les années passent. C'est là une condition essentielle pour redonner à la carrière publique son attractivité, sa crédibilité et son sens.
Sur les nouveaux métiers
Enfin, notre administration ne peut plus se penser en dehors des mutations de son temps. Le numérique, l'intelligence artificielle, les nouvelles compétences techniques et technologiques transforment déjà la manière dont les services publics doivent être rendus. Ces nouveaux statuts intègrent ces nouveaux métiers, ouvrent nos corps et nos catégories à des profils que nos textes antérieurs n'avaient pas anticipés, et donnent à notre Fonction Publique les moyens d'attirer les compétences dont le Gabon a besoin pour relever les défis d’aujourd’hui et de demain.
Mesdames et Messieurs,
L'importance de ce qui se joue aujourd'hui ne saurait être sous-estimée. Ce ne sont pas de simples ajustements techniques que nous nous apprêtons à valider. C'est une refondation, en pleine cohérence avec l'esprit de la Constitution du 19 décembre 2024 et avec la vision de modernisation portée par le Président de la République, Chef de l'État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA. C'est aussi un acte de justice envers celles et ceux qui, au quotidien, portent réellement la continuité de l'État : les enseignants dans nos salles de classe, les soignants dans nos hôpitaux, les agents de nos administrations territoriales, les cadres et les agents de nos ministères. À chacune et à chacun d'entre eux, ces nouveaux statuts doivent apporter des réponses concrètes, lisibles, justes et durables.
Je veux être claire avec vous sur ce que nous attendons de ces trois jours. Vous avez reçu avant d’arriver ici aujourd’hui, la version de ces textes telle qu'elle a été travaillée en interne par les équipes techniques de mon département, sur la base des orientations et des contributions recueillies en amont. Ce n'est pas un aboutissement figé que nous vous présentons : c'est juste une base de travail, une matière encore vivante, que nous voulons perfectible. Nous avons besoin, précisément, de votre regard neuf, de votre regard bienveillant, mais aussi exigeant et sans complaisance, pour l'améliorer, l'enrichir et la corriger là où cela est nécessaire. C'est de cette confrontation féconde entre le travail technique interne et l'expertise de terrain que vous incarnez que naîtront, je l'espère, les meilleurs statuts possibles pour notre Fonction Publique.
Vous n'êtes donc pas conviés aujourd'hui pour entériner des textes déjà arrêtés, mais pour les examiner avec la rigueur et l'exigence que requiert un moment aussi décisif. Chaque observation, chaque amendement, chaque réserve que vous formuleriez au cours de cet atelier contribuera à faire de ces statuts des textes solides, justes et pérennes, des textes qui nous survivront et qui porteront, pour les décennies à venir, l'empreinte collective que nous nous apprêtons à leur donner.
Je sais pouvoir compter, au cours de ces travaux, sur votre esprit de responsabilité, sur votre expertise et sur votre sens élevé de l'intérêt général, qui doit toujours primer sur les intérêts particuliers, aussi légitimes soient-ils. Je vous invite à débattre avec franchise, à interroger chaque disposition, mais aussi à garder à l'esprit que nous travaillons, ensemble, pour les générations d'agents publics qui nous succéderont.
Mesdames et Messieurs,
L'Histoire retiendra que c'est ici, dans cette salle, un 22 juillet 2026, que des sectoriels venus de tous les départements ministériels et de toutes les composantes de la Fonction Publique, ils se sont réunis, tous ensemble, sans exclusive, pour écrire, dans l'esprit de la Cinquième République, une nouvelle page du service public gabonais. Elle retiendra aussi que nous avons choisi, cette fois, de ne laisser personne au bord du chemin, et que nous avons préféré attendre une semaine de plus plutôt que de bâtir, une fois encore, des textes sans tous ceux qu'ils concernent. C'est un honneur et une responsabilité que nous partageons tous en cet instant.
C'est donc avec confiance, gravité et espérance que je déclare ouverts les travaux de l'atelier de validation des projets du nouveau Statut Général des Fonctionnaires et du nouveau Statut Général de la Fonction Publique.
Je vous souhaite des échanges fructueux, empreints de responsabilité, et je forme le vœu que nous ressortons de cette salle, dans quelques jours, porteurs des textes à la hauteur de nos ambitions pour le Gabon et pour ceux qui le servent.
Je vous remercie.